PORTRAIT. Chips Bret’s, Ecofeutre… Alain Glon, itinéraire d’un très grand patron du pays de Pontivy

Publié le 3 février 2022Actualités
PORTRAIT. Chips Bret’s, Ecofeutre… Alain Glon, itinéraire d’un très grand patron du pays de Pontivy

Les chips Bret’s, Ecofeutre, Robichon… Alain Glon a créé des dizaines d’entreprises et des milliers d’emplois dans le pays de Pontivy (Morbihan) et au-delà. L’octogénaire et ses deux frères, Noël et André, nés dans une modeste ferme à Hémonstoir (Côtes-d’Armor), ont construit un empire industriel et agroalimentaire.

Altho et les chips Bret’s, Ecofeutre, Robichon… Alain Glon a créé des dizaines d’entreprises et des milliers d’emplois dans le pays de Pontivy (Morbihan) et bien au-delà.

De la ferme familiale d’Hémonstoir (Côtes-d’Armor), où il a poussé son premier cri en 1941, au business ​avec ses deux frères qui l’a mené aux quatre coins du monde, en Chine, en Argentine, au Soudan, en Afrique du sud​, le grand patron nous a raconté son incroyable parcours.

Au moulin, des leçons de vie

Alain Glon est né en août 1941 au moulin de Belle-Isle. Il n’y avait pas d’électricité. Mes grands-parents avaient installé une meule sur le ruisseau qui la traversait.

Ses parents y fabriquaient de la farine et élevaient trois ou quatre vaches, et une chèvre, dont le lait nous a nourris. Mon frère aîné, Noël, a 18 mois de plus que moi, mon frère cadet, André, 18 mois de moins. Il y avait aussi Jean, un jeune homme placé en gage par sa famille, nombreuse, qui n’avait pas les moyens de subvenir autrement à ses besoins​.

Juste après la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle leur père a été fait prisonnier, ils trimballent des sacs de farine en rentrant de l’école. On avait faim, on travaillait, quand il y avait quelque chose à faire, on le faisait. Notre vie était rythmée très différemment. J’ai du mal à comprendre les gens qui se plaignent aujourd’hui.

Le BEPC et beaucoup de débrouillardise

Noël, Alain et André feront toute leur carrière – et quelle carrière ! – ensemble. Son frère aîné étudie à l’Essca, école de commerce d’Angers. « Pas moi. J’ai juste passé mon BEPC (N.D.L.R. : l’équivalent du brevet des collèges). Les études, il ne faut pas trop s’en encombrer ! »

Alain Glon entre ensuite directement dans l’entreprise familiale, que leur père développe. Il avait eu l’idée de mélanger le son de la farine, qu’on n’utilisait pas, à la nourriture des animaux. ​Des mélanges de plus en plus élaborés qui faisaient bien pousser nos propres vaches​, la meilleure des publicités.

Le tremplin des Trente Glorieuses

La reconstruction de la France, après la guerre, est une aubaine pour l’économie. Après avoir monté un abattoir de poulets à côté de la ferme, la famille Glon construit une usine d’œufs à Pontivy, en 1962, aujourd’hui démolie​. Les trois fils se répartissent les tâches : Noël était l’administrateur, André le commercial et moi, l’industriel.

En 1968, leur père, déjà pas mal absent​, quitte définitivement l’entreprise familiale pour l’Assemblée nationale : Il a été député pendant dix ans. Il était suppléant de Marie-Madeleine Dienesch et a pris sa succession lorsqu’elle a été nommée secrétaire d’État.

Finie la farine, nous avons arrêté le moulin à ce moment-là et nous nous sommes diversifiés. En créant des entreprises mais aussi en reprenant des sociétés de nos fournisseurs ou de nos clients qui avaient fait faillite.​ En 1972, les frères Glon construisent une usine à Montauban-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine).

En 1988, le groupe rachète Sanders et maintient l’activité à Saint-Gérand, où est situé son siège social. Nutrition animale, abattoirs, œufs, pharmacie vétérinaire, « nous avons touché à tout et employé jusqu’à 4 500 salariés ».

En avril 1996, c’est la naissance d’une marque emblématique : les chips Bret’s. L’usine Altho, à Saint-Gérand transforme alors 20 000 tonnes de pommes de terre en pétales apéritives made in France​. La seule usine de chips de Bretagne emploie aujourd’hui plus de 300 salariés, produit 30 000 tonnes de chips par an. On a tout ce qu’il faut, ici : les bons produits, les agriculteurs qui les produisent, les ouvriers pour les transformer.

Sa philosophie

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les frères Glon ont souhaité mettre en place des entreprises à taille humaine​. 180 salariés, c’est le maximum. Il faut que tout le monde se connaisse. J’essayais de rencontrer tous les nouveaux embauchés. ​Noël a été le premier des trois frères à prendre sa retraite, André a suivi en 2007 et Alain peu de temps après.

Lire aussi : Groupe Glon. La cellulose, le pari osé de l’usine Ecofeutre

Son conseil aux jeunes entrepreneurs d’aujourd’hui ? Rester petits, pour pouvoir bouger, être réactifs. ​Avoir l’œil sur les chiffres, certes, mais Alain Glon insiste : Il faut surtout avoir une vision. Les entreprises naissantes perdent de l’argent, c’est normal. Mais il faut regarder leurs perspectives.

Le grand patron, qui a présidé l’institut de Locarn de 2009 à 2019, s’investit depuis 2020 dans une école de management à son image : atypique, l’école B5, Skol ar Sell, l’école de la vision​, à Rennes. Il est aussi président du conseil de surveillance de la holding qui porte son nom, créée en 2008.

Membre du Club des Trente, un cercle réunissant les plus grands patrons originaires de la région, Alain Glon sait aussi les titiller. « Quand serez-vous assez riches ? », ​leur a récemment demandé le Centre-Breton. Il faut savoir apprécier ce que l’on a, ne pas en vouloir trop.

Son plaisir

Alain Glon aime le vélo, passionnément. Je parcours 5 000 km par an, j’ai plus de plaisir à aller pédaler le dimanche matin qu’à être sous des lambris dorés. ​Il projette un périple à deux-roues, avec son épouse, en Europe de l’Est, au printemps, si l’épidémie de Covid ne le retarde pas une nouvelle fois. Pour ses 75 ans, le grand patron avait parcouru 3 200 km entre Pontivy et Tallinn, la capitale de l’Estonie.

Source Ouest France 2 février 2022