Vol de ruches : le phénomène prend de l’ampleur entre apiculteurs

Publié le 19 avril 2021Actualités
Vol de ruches : le phénomène prend de l’ampleur entre apiculteurs

Depuis quelques années, les professionnels de l’abeille font face à un nouveau fléau : le vol de ruches. La faute à la surmortalité des abeilles et la hausse du prix des essaims. Résultat : les apiculteurs investissent dans des systèmes de sécurité pour limiter la casse.

C’était il y a un an, quasiment jour pour jour. Mathieu Picavet, apiculteur dans les Hautes-Alpes, reçoit un coup de fil de l’Office national des forêts. Il apprend que quatre-vingt-seize de ses ruches ont disparu dans le Var. Le tiers de sa production. « Le plus traumatisant, c’est de se dire qu’on a été volé par l’un des nôtres », lâche le sudiste encore marqué par l’événement.

Depuis quelques années, les vols de ruches se multiplient un peu partout en France. Dans le Varla Sommele Morbihan ou encore les Côtes-d’Armor. Personne n’est épargné. La raison de ces larcins ? Ils s’expliquent par deux phénomènes concomitants.

« Vous avez de la mortalité, vous piquez celles du voisin »

D’un côté, les apiculteurs font face à une surmortalité de leurs abeilles« Environ 30-35 % de cheptel », détaille Franck Alétru, président du syndicat national d’apiculture, installé en Vendée. Dans le même temps, les essaims voient leur prix grimper en flèche. « On les payait 100 € il y a deux ans. Aujourd’hui, il faut compter 180 € », illustre Mathieu Picavet.

Résultat : certains apiculteurs finissent par se voler entre eux. « C’est simple. Vous avez de la mortalité dans vos ruches et pour repeupler, vous piquez celles du voisin », résume le syndicaliste.

D’autant que voler des abeilles reste assez simple. « Ce n’est pas comme une vache avec un numéro. Et puis, on les laisse souvent dans des endroits accessibles à tous », avoue Stéphane Balesdent, victime d’un vol d’une quarantaine de ruches le mois dernier dans la Somme.

Les apiculteurs s’équipent contre les vols

Pour faire face à cette recrudescence de larcins, les professionnels de l’abeille s’équipent : système de vidéosurveillance, marquage des ruches au laser ou encore traceurs GPS.

« Plusieurs enquêtes ont été résolues grâce à nos traceurs GPS », assure Christian Lubat, patron de Beeguard, une entreprise spécialisée dans les ruches connectées. En pratique, ces appareils servent à surveiller l’activité des abeilles, mais détectent aussi les mouvements des ruches. Le professionnel reçoit alors un SMS d’alerte et peut suivre sa ruche en direct via une application.

600 € par ruche dérobée

Un système coûteux pour les apiculteurs, plus d’une centaine d’euros par an, mais qui peut aussi éviter de grosses pertes. « Les assurances prennent en compte la valeur de l’essaim, pas la perte d’activité, l’investissement ou la production de l’année suivante », rappelle Christian Lubat. Le patron de Beeguard estime ainsi que le vol d’une ruche coûte près de 600 € à un apiculteur.

De son côté, la gendarmerie nationale n’observe « pas ce phénomène sur l’ensemble du territoire ». Pour Franck Alétru, cela s’explique par l’absence de dépôt de plainte systématique des professionnels. C’est pourquoi, en Occitanie, après le vol de 157 ruches début mars, le syndicat régional a créé une page pour « rassembler les photos des ruches volées » afin de traquer leur revente sur Internet. Un moyen, aussi, de mieux prévenir ces vols entre apiculteurs.

Source Ouest France